Maurice Druon nous a quitté

Publié le par Bernadette Couturier

14 avril 2009 Décès de Maurice Druon lien biographie lettre de l'événement qui est né le 23 avril 1918. Il publie différents articles dans des revues et journaux littéraires dès l'âge de dix-huit ans. Co-auteur avec son oncle J. Kessel du 'Chant des partisans', ce n'est qu'en 1946 qu'il se consacre à la littérature. Rendu célèbre par la série historique des 'Rois maudits', il reçoit le prix Goncourt pour 'Les Grandes familles en 1948 et le prix Pierre de Monaco pour l'ensemble de son oeuvre. Il est élu au trentième fauteuil de l'Académie française (lien sur le site des immortels) le 8 décembre 1966 et secrétaire perpétuel le 7 novembre 1985. Il démissionnera de cette fonction (lien sur mon blog)  mais l'exercera à nouveau à titre honoraire à partir du 1er janvier 2000. En ce qui concerne sa carrière politique, Maurice Druon devient Ministre des Affaires culturelles en 1973-1974 et député de Paris de 1978 à 1981.

Vous pouvez l’écouter sur canal académie s’exprimer sur Léopold Sédar Senghor  (lien)   

La liste des œuvres de Maurice Druon (lien

Un lien sur les discours de Maurice Druon 

 

"Souffrez que je vous dise : Messieurs, je vous remercie" [Maurice Druon] Source Discours de réception de Maurice Druon le jeudi 7 décembre 1967 au palais de l’Institut de France

 

Souffrez que je vous dise que son discours me rappelle... Alors je me permets d’en mettre la belle introduction :

Messieurs,

     Depuis qu’en 1640, votre Compagnie ayant eu pour la première fois la nécessité de se renouveler, le distingué M. Olivier Patru fit à sa réception, nous dit-on, «un remerciement dont l’Académie fut assez satisfaite pour obliger tous ceux qui seraient admis dans son sein de suivre cet exemple», depuis lors, quelque cinq cent quatre-vingt-dix-sept des plus beaux esprits de France ont rivalisé d’invention pour traduire leur reconnaissance, et constamment excellé à varier l’art de la présenter. Avouez qu’ils ne m’ont laissé que petit choix, et petite chance de tourner originalement mon compliment. Acceptez donc que je me saisisse de la plus coutumière, la plus usitée des formules, mais aussi la plus droite et qui ne vaut qu’à mesure du cœur que l’on y met, par laquelle il convient d’exprimer à ceux qui nous ont gratifié d’un bienfait l’obligation qu’on leur en a. Souffrez que je vous dise : Messieurs, je vous remercie.

   Et d’abord d’avoir fait chemin à mon audace dès la première occasion où je vous l’ai manifestée, m’octroyant ainsi la très enviable faveur, pour qui cesse d’être un jeune homme, d’accéder à l’état de jeune académicien. Car vous possédez une exquise capacité de prolonger la jeunesse, et votre indulgence vous incite à percevoir, en celui qui se propose à vos suffrages avant d’avoir le demi-siècle atteint, des fraîcheurs que pour sa part il ne distingue plus depuis longtemps. Vous lui faites éprouver des émois qu’il ne se croyait plus capable de ressentir, et pour un peu vous lui persuaderiez qu’il traverse une seconde adolescence.

     Cela tient sans doute à ce que la vie parmi vous se porte ordinairement longue, et sans marque d’usure. À constater, avec admiration, la durable vitalité, l’agilité d’esprit, l’appétit de connaître, la combativité parfois, la gaîté souvent, l’ardeur au travail toujours, des aînés d’entre vos élus, on en vient à se demander si la locution «rester vert» s’est établie par comparaison avec les arbres des forêts ou par référence à la couleur de votre habit.

     Il se peut, Messieurs, qu’on entre chez vous par chance ; on n’y entre jamais par hasard.

     Si vous avez bien voulu, avant que plus d’ouvrages m’aient acquis plus de mérites, m’admettre à partager vos prestiges, c’est que vous avez deviné mon vœu très profond de pouvoir partager, avec autant de zèle que de modestie, vos responsabilités et vos tâches.

     Certains viennent à vous repentants, convertis, et, pour s’offrir à votre choix, doivent brûler de vieux serments. Ce n’est pas mon cas.

     D’autres écrivains, et de grande réputation, refusent d’incliner le front sous les porches où Corneille et Voltaire, Chateaubriand, Hugo, n’ont pas dédaigné de passer. Ce sombre orgueil, qui pousse à se priver de pairs en ne se reconnaissant pas de juges, ne m’a jamais effleuré.

     Et voici l’instant de me souvenir de l’hommage que celui qui franchit votre seuil doit à la mémoire du fondateur. Des œuvres et des peines du cardinal de Richelieu, que demeure-t-il ? Les traités qu’il signa ont été par d’autres négociations effacés. Les troubles par lui apaisés ne le furent que le temps nécessaire à la naissance d’autres séditions. Ses victoires sont enfouies sous bien d’autres batailles. Ses édits dorment sous bien d’autres archives. La monarchie qu’il servait a disparu, chapitre parmi l’Histoire. Mais il reste, pour la gloire de Monsieur le Cardinal, pour la nôtre, pour l’honneur de la France, pour la défense de la langue, pour la primauté de l’esprit, il reste, après trois siècles, vivante, inchangée, l’Académie française.

     Messieurs, ne me croyez pas la présomptueuse naïveté d’imaginer rien vous apprendre de votre Compagnie. Mais comme les harangues qui s’y prononcent sont appelées à en franchir les murs, prêtez-moi la patience d’entendre comment je la vois et dans quel esprit j’y parviens.

     Je ne pense pas que l’antiquité d’une institution soit incompatible avec la vocation générale au progrès.

     Votre Académie se trouve être, après la Chambre des Lords, et aussi l’Académie florentine, la plus ancienne des assemblées d’Europe. Elle n’est pas d’ailleurs sans offrir certaines ressemblances avec les Lords. Son règlement est bref, mais ses coutumes longues, subtiles, et aménagées par l’usage. Elle est sans pouvoirs précis, mais d’une autorité morale incontestée. Comme aux Lords entrent ici, à chaque génération, des hommes de toutes opinions, de toutes origines sociales et même géographiques, qui ont enrichi par leurs ouvrages le patrimoine national ou, par leur excellence à tenir leurs fonctions, ont contribué à le protéger. Vos choix s’appliquent à conserver un savant équilibre entre la tradition et la nouveauté. Mais qu’est-ce qu’une tradition sinon un progrès qui a réussi ? Enfin il règne parmi vous cet esprit de « club », avec tout ce que cela comporte de courtoisie, de sens des affinités, d’acceptation des particularités complémentaires, de fraternité discrète, de solidarité totale, qui fit la force de l’Angleterre et que je lui envierais si je ne savais la trouver auprès de vous.

     Mais par d’autres traits, votre Compagnie est vraiment unique. En quel pays, en quelle nation, roule-t-on le tambour, comme je viens de l’entendre, pour des écrivains ? Cedant arma litteris. En quel pays l’appartenance à une assemblée qui se recrute elle-même, et librement, confère-t-elle une dignité dans l’État ? En quel pays une assemblée, libre, je le répète, et qui n’appelle que qui lui plaît, est-elle souveraine en matière de langage, c’est-à-dire, au bout du compte, en matière de civilisation ?

     C’est dans les temps de mutation que sont précieuses les permanences ; et l’homme, devant le précipice de l’avenir, cherche sous sa main les rambardes du passé.

     Je n’en veux pour preuve, futile mais significative, que les modes de la jeunesse de ces jours-ci. Est-ce la tenue des cosmonautes ou la blouse des savants atomistes qui l’inspire ? Nullement. La faveur est aux tuniques et aux dolmans de nos grands-pères, comme si cette génération, pour aborder les aventures de demain, voulait se protéger sous les vêtements d’hier. Nos rues semblent envahies par un flot de désengagés volontaires de la guerre de Crimée ou de celle de Sécession ; si bien que notre habit — «ce costume simple et décent», ainsi que le souhaitait l’Institut au temps que M. de Cambacérès occupait le fauteuil où j’ai le privilège de m’asseoir —, cet habit va bientôt cesser d’être étonnant. Les avant-gardes nous rejoignent. Nous pourrons nous y mêler d’un pas calme.

     Les mœurs, même en leurs aspects les plus légers, expriment des tendances profondes et cherchent à pallier des angoisses.

     Une bourrasque de découvertes et de triomphes, mais aussi de violences et de terreurs, agité l’arbre humain, le tord et le défeuille. Les sociétés alors recherchent sève et soutien en leurs racines. Celles qui, depuis trois siècles, s’enfoncent sur ce quai de Seine sont solides, nourrissantes, salutaires. Pour les soigner, et, s’il se peut, les affermir, je vous apporte, Messieurs, deux mains de bonne volonté.

La suite du discours fait l'éloge de Georges Duhamel son prédécesseur (lien)
Lien sur un choix de ses citations sur la lettre de l'événement

«Il n'y a d'intérêt à vivre que si on se dévoue pour des choses qui vous dépassent. Ne se consacrer qu'à sa propre personne serait terriblement décevant.» [Maurice Druon] - Extrait d'un Entretien avec Bernard Pivot - Avril 1977

«Le pouvoir, de même que l'amour, l'art ou la découverte, prend ses racines dans la mort.» [Maurice Druon] - Le Pouvoir

 

Décès de l'écrivain Maurice Druon, auteur du Chant des Partisans

  14.04.09 | 22h46 Lien abonnés auteur Elizabeth Pineau, édité par Nicole Dupont où vous pouvez avoir les réactions de personnalités politiques telles que le président Nicolas Sarkozy, le Premier ministre, François Fillon, pour la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos dont je reprends la citation "Ce deuil accablera tous ceux qui aiment la beauté et la droiture".

Dernière mise à jour Bernadette Couturier le 15.04.2009 


ANNEXE 
 

Le chant des partisans source

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme.
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite...

C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève...

Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l'ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute...

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh...

 

Publié dans Personnalités

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